Commune de Signy l'Abbaye

  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size

Histoire de Signy

Généralités historiques

  • Saint Bernard y fonda une abbaye cistercienne en 1135 et l'église fut construite aux frais du comte Thibault de Champagne; vendue comme bien national en 1793, l'abbaye fut entièrement démolie et sa bibliothèque brûlée.
  • Le château construit en 1724 fut démoli et reconstruit à Rethel sur le même plan.
  • La croix des convers fut érigée au 13ème pour commémorer la bataille entre les gens du comte de Château-Porcien et ceux du prieur Gilles Ier.


Vestiges préhistoriques et antiques
Architecture civile

Maisons de maître, Château de Montaubois, Maisons de bois au bord de la Vaux, Anciens communs du château abbatial : enclos, moulins, forges, étangs, vergers. Halle de l'hôtel de ville début 19ème, Architecture sacrée, Eglise de Librecy 19ème, Eglise de Signy 1900, Eléments historiques.

Maisons de maîtreChâteau de Montaubois.Halle de l'hôtel de ville début 19ème

Les origines:

Depuis quels temps lointains des hommes se sont-ils installés près de cette forêt qui porte le nom de Signy, lambeau détaché de l'immense Ardenne ? On ne saurait le dire.
Toutefois, le nom de Signy fait pressentir l'existence d'une ancienne villa gallo-romaine: SINNI-ACTUS et les vestiges confirment la continuité de l'occupation humaine:
- Stèle de pierre d'un couple assis dans une niche sous un toit triangulaire : dieux domestiques ou stèle funéraire ? Gallo-romaine au moins … (Mars 1947 à la Charbonnière).
- Vase en poterie rouge contenant 2605 pièces romaines de Commode à Gallien enfoui en 256 lors du passage d'une légion des derniers empereurs (juin 1865 à la Saboterie).
- Fibule mérovingienne dite "à plateau" provenant d'une tombe de la nécropole franque (1908 ay Bonhéry, trouvée par M. Collaye, agent du chemin de fer).

. Avant les moines, Signy comptait peu; avec eux, il entre dans l’histoire:

Signy entre véritablement dans l'histoire lorsqu'il se produit chez les hommes du XIIème siècle une poussée puissante vers les cloîtres.
Le grand propagateur de ce mouvement, est Saint Bernard de Fontaine, réformateur de l'ordre de Citeaux.

Ce dernier ayant besoin de terres pour fonder un monastère, sollicite les Seigneurs de la région, qui après sept années de réflexions consentent à créer une église, au cœur de la forêt sauvage.

L 'abbaye est achevée en 1175.

Les moines d'alors vivent dans la pauvreté, et ce dénuement tant vestimentaire qu'artistique crée aux nouveaux monastères une réputation de ferveur qui, rapidement, se répand au loin et des vocations de choix affluent à Signy.
L'abbé Dom Bernard exerce ses fonctions à Signy pendant 22 ans environ, puis est nommé à Igny d'où il est venu, et au bout de quelques années, accablé par l'âge et les infirmités, il obtient d'être relevé de sa charge, et revient selon son désir à Signy qu'il avait fondé et y meurt peu après.

Saint Bernard devait tenir Signy dans une estime toute spéciale pour autoriser son ami et biographe Guillaume (Liège vers 1085 - Signy 1148) ancien abbé du monastère bénédictin de Saint Thierry, à y entrer comme simple moine cistercien.

Guillaume fut le premier à alerter Bernard sur les erreurs d'Abélard.

La plus célèbre des œuvres théologiques et mystiques de Guillaume traite de la vie solitaire : "Lettre aux pères du Mont-Dieu" écrite en 1143. Elle recommande aux Chartreux la plus grande simplicité de vie comme Bernard le faisait aux Clunisiens … Elle se propagea sous le nom de Lettre d'Or pendant tout le Moyen-Age et eut un très grand retentissement dans les monastères, elle sert encore actuellement de modèle pour la règle en usage dans les monastères du monde entier. Aussi longtemps que Guillaume fut à Signy le monastère se montra d'un haut idéal de vie, un modèle exemplaire d'abbaye cistercienne. Le premier travail des moines fut le défrichement afin d'accroître les surfaces en culture. Pour autant, la forêt avait son importance économique et vivrière. Les moines pratiquaient la pisciculture : de nombreux étangs ont été créés en Grande Forêt par la fermeture des vallons au moyen de digues. Cette forte utilisation de la forêt a façonné le paysage actuel ( fermes isolées, étangs, forêts ). Certaines espèces floristiques semblent d'ailleurs avoir été introduites par les moines ( par exemple la prêle d'hiver Equisetum hyémale : riche en silice, elle était utilisée par les tourneurs sur bois ).

Plus tard, le domaine s'agrandit et fut fructueusement exploité.
Les premiers abbés qui lui succédèrent voient les possessions de Signy augmenter peu à peu, par suite de donations ou bien d'acquisitions à titre onéreux. L'abbaye devient bientôt l'une des plus riches de la province de Reims. A ne considérer que les acquisitions faites dans le voisinage de l'abbaye, qui en font une sorte de ferme d'un seul tenant, on arriverait presque à retrouver, déjà fixes dans leur ensemble au XIIIème siècle, les limites qui sont actuellement celles de la commune de Signy. La révolution les a peu à peu gardées, ne faisant guère subir au terrain qu'une amputation importante : celle des bois de Froidmont qui furent rattachés au terroir de Thin-le-Moutier. En même temps qu'ils cultivent le sol défriché par leurs mains et qu'ils enseignent la culture aux paysans qui les aident, les moines donnent l'impulsion au commerce.

Il faut, en effet, s'approvisionner en outils de tous genres, faire venir des granges, le blé et le vin, et inversement expédier en d'autres lieux les produits de la terre, les grains des récoltes pour payer les redevances, ou pour subvenir aux besoins d'autres abbayes. Tout ce trafic crée une grande animation. L'abbaye doit jusqu'en 1790 entretenir les chemins et les routes, secourir les populations accourues se blottir à l'ombre de ses murs, payer l'écolage pour 200 enfants, héberger les passants, surtout les militaires.

En 1650, des bandes d'Erlach ravagent le pays, suivies par les troupes de Turenne et des princes révoltés. Erlach, d'abord compagnon de Gustave-Adolphe et de Bernard de Saxe-Weimar est, en 1649, au service de la France.
Ses soldats nommés Erlans assomment les hommes, torturent les prêtres, maltraitent les femmes et les filles jusque dans les églises.Puis, chaque chef de parti exploite le pays et exige de lourds impôts.
De leur côté, les soldats emportent tout ce qu'ils peuvent enlever. Les paysans épouvantés s'enfuient et meurent de faim. En 1652 l'abbaye est à nouveau pillée et ravagée par les troupes espagnoles. Quand les revenus s'évanouissent, la vie matérielle devient difficile car il faut tout de même de l'argent. L'abbaye doit donc emprunter.

La fin du XVIIème siècle est une période lamentable dans l'histoire de l'abbaye. L'impuissance des religieux à payer leurs dettes, sinon leur mauvais vouloir, n'est que la conséquence de la misère à la fois matérielle et morale. L'Archevêque de Reims, soucieux de restaurer la vie spirituelle dans son diocèse en visite toutes les paroisses en 1678. Ce qu'il constate à Signy ne l'édifie guère. C'est une des plus belles abbayes du royaume, écrit-il, mais elle a 30.000 livres de dettes et surtout, il y règne un désordre à faire pitié.

Quand éclate la Révolution, la belle église abbatiale, les bâtiments conventuels, sont rasés, démolis pierre à pierre, vendus aux enchères publiques, afin de reconstruire d'autres maisons civiles. Il ne reste que quelques infrastructures, des caves et des celliers. La bibliothèque est brûlée en un feu de joie sur la place publique : ses 3 948 volumes, ses 125 livres gothiques et ses précieux manuscrits sont réduits en cendres. Quelques meubles du salon XVIIIème siècle de l'abbé, quelques sculptures sur bois, des taques, des gravures sont sauvés et relégués au château de Montaubois, à la Préfecture de Mézières, à l'église de Signy et à la cathédrale de Reims.

En somme, il ne subsiste de vestige que cette croix de convers, Monolithe de 7 mètres, se dressant en haut de la rue du château, érigée en souvenir de la bataille qui mit aux prises les gens de Raoul, Comte de Château-Porcien à ceux du Prieur Gilles 1er, parce que le seigneur, au mépris de la parole donnée prétendait venir chasser sur les terres devenues bien monastique.

Longtemps bourg essentiellement agricole, Signy sait rebondir et se transforme dès 1830, avec la création de nombreuses filatures qui employèrent une importante main d'œuvre – près de 1300 ouvriers – la forêt n'en occupant que 400. Il y avait aussi à cette époque une douzaine de moulins (grains, huile), des brasseries, sans oublier le haut fourneau et les forges du Hurtaut, créés dès 1525 par Dom Gobert de Challerange, abbé de Signy et où l'on fondait encore, en 1840, quelque 60 tonnes de fonte par mois tout en forgeant, en même temps, une dizaine de tonnes de fer plat.

La population du bourg s'élevait alors à près de 6000 habitants. Signy est alors la 6ème ville ardennaise. La période de 1870 à 1914 est relativement prospère grâce à l’activité des 14 filatures. Malheureusement, la première guerre mondiale puis la seconde apportent aux activités de Signy le coup de grâce. Les filatures ferment les unes après les autres et la population tombe à moins de 2 000 habitants. Cet exode industriel peut s’expliquer par l’occupation allemande mais surtout par le développement et l’équipement de l’industrie dans le Département du Nord qui anéantirent la compétitivité des usines locales. De 1920 à 1940, puis de 1944 à 1960, le travail de la bonneterie avait absorbé la main-d'œuvre féminine.

Dés lors, ces industries et la population diminuèrent sans cesse pour en arriver aujourd'hui à moins de 1500 habitants.
Le 24 juin 1791, le château, construit en 1724 par l'abbé d'Harcourt, était cédé à cinq citoyens pour 6725 livres. Il fut par la suite démoli, transporté à Rethel, et rebâti sur le même plan.
En septembre 1792, enlèvement du plomb des toitures, tuyaux et vitrages ;

En novembre, livraison de l'argenterie, en décembre, vente du linge et des ornements d'Eglise.Le 13 juin 1793 réquisition des cuivres et des cloches. La vente des bâtiments, cours, jardins et dépendances de l'abbaye eut lieu le 21 février 1793 ; l'église abbatiale fut adjugée le 27 mars 1795 à un habitant de Signy et elle fut démolie quelques mois plus tard.
C'est ainsi que disparut à tout jamais, l'une des plus belles et plus riches abbayes de France.